Le Bitcoin et les autres cryptomonnaies

Fiche pratique J 311


En seulement un an, le bitcoin a connu une progression exponentielle, avant de s’écrouler en début d’année. Cette cryptomonnaie, à la volatilité importante, suscite néanmoins un vif intérêt.

 

Qu’est-ce que le bitcoin ? Est-ce une monnaie ? Comment est-il créé ? …

Il est la cryptomonnaie la plus connue, mais une multitude d’autres, de l’ordre de 800, existent.

 

Cette fiche de l’Institut national de la consommation se propose de vous éclairer et de vous alerter sur ces sujets.

 

1 - Qu’est-ce que le bitcoin ?

2 - Est-ce une monnaie ?

3 - Est-il régulé en France ?

4 - Mise en garde sur les risques du bitcoin par l’AMF et l’ACPR

5 - Comment fonctionne le marché du bitcoin ?

6 - Les autres cryptomonnaies  

 

 

1 - Qu’est-ce que le bitcoin ?

Créé le 19 août 2008 par un certain Satoshi Nakamoto (son identité reste encore très floue), le bitcoin est la première cryptomonnaie. Il s’agit d’une monnaie virtuelle qui repose sur un protocole informatique de transactions cryptées et décentralisées, appelé blockchain ou chaîne de blocs.

 

Le 5 octobre 2009, le premier taux de change entre bitcoin et dollar est publié : un bitcoin vaut alors 0,001 $ (soit 0,00071 €). Fin 2017, il vallait plus de 11 000 $ (soit environ 9 100 €).

 

Cette devise virtuelle a connu certes une progression fulgurante mais son cours reste néanmoins très volatil. Le graphique ci-dessous retrace son évolution.

 

 

2 - Est-ce une monnaie ?

La monnaie, selon Aristote, est définie par trois fonctions : une unité de compte (1), un intermédiaire des échanges (2) et une réserve de valeur (3).

 

  • (1) Pour pouvoir comparer la valeur de biens, l’utilisateur doit pouvoir avoir confiance dans sa monnaie. Or, la forte volatilité du cours du bitcoin permet difficilement d’attribuer une valeur à celle-ci.
  • (2) A l’inverse des monnaies fiduciaires (telles que l’euro ou le dollar), le bitcoin ainsi que toutes les autres cryptomonnaies, ne dépendent d’aucune institution. Ce sont des monnaies alternatives qui n’ont de cours légal dans aucun pays. Rien n’oblige donc un commerçant à les accepter. Dès lors, l’échange de bitcoin est possible uniquement entre des personnes qui acceptent volontairement de l’utiliser. On nomme cette monnaie "du fait des usages" par opposition aux monnaies "du fait de la loi" qui ont un cours légal.
  • (3) Le bitcoin peut être stocké, mais ne peut être épargné. Pour le faire fructifier, il n’existe pas d’autre moyen que la spéculation.

De plus, comme le bitcoin repose sur un système décentralisé, il n’est donc pas sous le contrôle des Etats et des Banques Centrales. Sa valeur résulte uniquement de la confrontation entre l’offre et la demande. L’offre étant exogène (découlant d’un processus algorithmique définit par avance), elle ne s’ajuste pas aux variations de la demande. Le nombre de bitcoins est limité à 21 millions d’unités et 80 % des bitcoins ont déjà été émis et mis en circulation. A offre quasiment stationnaire, une augmentation de la demande de bitcoins se répercute intégralement sur son cours. Celui-ci peut alors monter avant de s’effondrer, quand tous les détenteurs vendent pour réaliser leurs profits.

 

Par définition, le rôle des banques centrales est d’ajuster l’offre de monnaie en fonction de sa demande afin d’éviter notamment une bulle ou un effondrement brutal de son cours.

 

Ci-dessous, deux graphiques retracent, jusqu’en janvier 2018, l’évolution de l’offre et de la demande de bitcoins.

 

 

En janvier 2018, 16,8 millions de bitcoins étaient en circulation. Toutefois, le rythme de production du bitcoin est divisé par deux tous les quatre ans : les 21 millions d’unités devraient donc être presque intégralement produites en 2033. Quant à la demande, le nombre ne cesse d’augmenter : 22,4 millions d’utilisateurs de portefeuilles bitcoins en janvier 2018.

 

De par ces nombreuses divergences, le bitcoin n’est pas une monnaie au sens traditionnel du terme.

 

 

3 - Est-il régulé en France ?

Le bitcoin ne peut être qualifié de monnaie ni être considéré comme un moyen de paiement selon le code monétaire et financier. Par conséquent, il n’est pas assujetti au cadre réglementaire relatif aux moyens de paiements.

 

Cependant, le ministère de l'Economie et des Finances a répertorié, en octobre 2017, le bitcoin dans la liste des moyens de paiement alternatifs :

"Le bitcoin est la première devise monétaire électronique décentralisée. Il s’agit de “jetons électroniques”. Les bitcoins se transmettent d’une personne à l’autre à travers le réseau sans passer par les banques. Il existe plusieurs bourses de change où sont achetés les bitcoins contre des dollars, euros, ou autre devise.

Le système fonctionne en open source, tout le monde peut consulter son code. Ce mode de paiement alternatif doit être traité aussi prudemment que des transferts d’argent classiques. La Banque de France et le réseau bitcoin ont donné à cet égard un certain nombre de recommandations"  (10/10/2017).

 

 

4 - Mise en garde sur les risques du bitcoin par l’AMF et l’ACPR

L’évolution du cours de cette cryptomonnaie est très volatile. Aussi, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a mis en garde en novembre 2017 les investisseurs.

 

En décembre 2017, elle publie un communiqué de presse commun avec l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), pour mettre en garde les épargnants sur les risques liés au bitcoin, notamment de bulle financière, le cours étant très fluctuant, et extrêmement volatil

 

Les deux autorités conseillent donc aux épargnants d'être vigilants avant d'investir une partie de leurs économies dans l'achat de bitcoins : les risques de perte sont très élevés et les transactions s'effectuent en dehors de tout marché réglementé, il n'y a aucune garantie ni protection du capital investi. Il est également conseillé de procéder aux vérifications habituelles (agrément du coutier prestataire de service d'investissement, compréhension du produit...).

 

Dans ce sens, le gouverneur de la Banque de France, M. Villeroy de Galhau a rappelé en décembre 2017 "à ceux qui investissent dans le bitcoin qu’ils le font entièrement à leurs risques et périls". En outre, "sa valeur et son extrême volatilité n’ont aucune base économique, et ils ne sont de la responsabilité de personne".

 

 

5 - Comment fonctionne le marché du bitcoin ?

Il existe deux façons de se procurer du bitcoin : soit en l’achetant, soit en résolvant des équations mathématiques complexes. Déceler le code informatique permet de valider l’opération de création d’un bitcoin. Plus l'ordinateur est puissant, plus il existe des chances de trouver la solution. On appelle cette activité le mining (activité de minage) : en  lien avec l’activité minière et plus particulièrement l’extraction d’or. Les internautes membres du réseau sont appelés les miners (mineurs). Ils vérifient la fiabilité des transactions entre les utilisateurs et s’assurent que tous les échanges se passent bien sur la blockchain. En échange, ils sont récompensés en gagnant des bitcoins ou différentes cryptomonnaies (Ethereum, zeCash, Monera, dash,…).

 

Mais s’équiper en matériel très puissant, pour augmenter ses chances de trouver des bitcoins s’avère d’une part très couteux et d’autre part très néfaste pour la planète.  

"Chaque transaction de bitcoin nécessite la même quantité d’énergie que celle consommée pendant une journée par 9 foyers américains et la consommation annuelle imputable à cette cryptomonnaie équivaut celle d’un pays comme la Bulgarie" (Source : www.fournisseur-energie.com).

 

Pour disposer des bitcoins autrement qu’en les créant, il existe trois possibilités.

 

 Ces informations sont uniquement données à titre illustratif !

Sur internet, il est possible d'échanger de l'euro, par exemple, contre des bitcoins en passant par un site wef qui donne accès au réseau bitcoin. Ces plates-formes spécialisées prennent des commissions d’environ 3 %. Il est possible aussi d’en acheter en boutique. Les commissions sont de l’ordre de 5 %. Ou encore, être payé en bitcoin pour un service ou un bien.

 

 La blockchain est la technologie sous-jacente au bitcoin. Elle permet de stocker et de transférer rapidement des fonds sans recourir à un organe de contrôle : c’est du "peer to peer". Elle se matérialise à travers une chaine de blocs qui permet de stocker toutes les transactions effectuées en bitcoin. Chaque bloc peut contenir jusqu’à 2 200 transactions. Lorsqu’un bloc est créé, il est lié aux autres blocs existants, formant ainsi une chaine. Le premier bloc de transaction de la blockchain bitcoin, nommé Bloc Genesis a été créé le 3 janvier 2009. Un bitcoin se compose d’une clé privée et d’une clé publique. La clé publique, ou adresse, composée de 34 caractères alphanumériques, est l’outil permettant de recevoir des bitcoins. Quant à la clé privée, composée de 51 caractères alphanumériques, elle permet de récupérer les bitcoins.

 

 

6 - Les autres cryptomonnaies  

Parallèlement au bitcoin, d’autres cryptomonnaies ont été développées, comme l’Ether, Monera ou encore Nxt. L’Ether est considérée comme la deuxième cryptomonnaie la plus importante en circulation. Elle se négociait début février à 923 dollars, soit 744 euros. Chaque monnaie virtuelle fonctionne sur une blockchain qui lui est propre. Comme pour le bitcoin, ces monnaies sont entièrement virtuelles et non régulées par les systèmes financiers habituels. De par leur aspect très instable, les monnaies virtuelles ne représentent, à l’heure actuelle, pas encore une menace pour les monnaies fiduciaires.

 

 

Léa Bailly,

Economiste à l'Institut National de la Consommation

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