L'économie circulaire : qu'est-ce que c'est ?

Fiche pratique J 354


Le 10 février 2020 a été publiée au journal officiel la loi n°2020-105 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire.

 

L’occasion de faire un point sur ce qu’est l’économie circulaire à partir de la fiche technique de l’ADEME "Economie circulaire : notions" et du livre blanc de GreenFlex "Économie circulaire : vers une sobriété positive ?".

 

Cette fiche reprend notamment les préconisations du Comité économique et social européen dans son avis du 18 octobre 2019 sur "Les consommateurs dans l’économie circulaire".

 

1 – Economie circulaire VS économie linéaire

2 – Les leviers pour la mise en place d’une économie circulaire

3 – Les préconisations du Comité économique et social européen

 

 

1 – Economie circulaire VS économie linéaire

L’économie circulaire est présentée comme étant en opposition à l’économie linéaire, qui est le modèle principal sur lequel se base la production et la consommation de biens et services aujourd’hui.

 

1.1 - L'économie linéaire

L’économie linéaire repose sur la recherche d’une production infinie avec des ressources limitées en utilisant au maximum les matières premières disponibles (bois, pétrole, charbon, etc.). Elle peut se résumer en quatre mots : extraire, fabriquer, consommer, jeter.

 

La première étape du processus consiste à l’extraction de matières premières. Celles-ci sont ensuite transformées dans le but de fabriquer des biens. Les consommateurs achètent et consomment ces biens. Une fois que ces derniers ont atteint leur fin de vie, ils sont jetés et donc deviennent des déchets.

 

 

1.2 - L'économie circulaire

Selon l’ADEME, l’économie circulaire est un système d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement.

 

Autrement dit, quand on parle de biens issus de l’économie circulaire on parle :

 

  • de biens conçus pour durer longtemps : produits réparables, évolutifs, démontables, etc.,
  • de biens conçus avec le moins de matières premières possible : utilisation de matériaux recyclés par exemple,
  • de biens conçus pour qu’ils consomment peu d’énergie lors de leur utilisation,
  • de biens conçus avec des matières facilement recyclables ou valorisables.

L’économie circulaire suppose également de repenser les besoins et usages du quotidien. Cela peut passer par exemple par la réduction de la consommation de produits à « faible confort ajouté », autrement dit, les produits dont on pourrait se passer facilement : produits à usage unique (en les remplaçant par des produits durables), la publicité papier, les emballages et le suremballage, les goodies ou objets publicitaires (porte-clés, crayon, etc.) d’accueil, etc.

 

Ou encore, cela peut-être tout simplement de repenser à ses besoins avant chaque acte d’achat : ai-je réellement besoin de ce produit ? Si je n’en ai besoin que ponctuellement, pourrais-je le louer ou l’emprunter ? Si j’en ai besoin quotidiennement, puis-je le trouver d’occasion ? Etc.

 

 

2 – Les leviers pour la mise en place d’une économie circulaire

Il existe plusieurs leviers pour favoriser une circularité de l’économie, aussi bien du côté de la production et de l’offre de biens et services (approvisionnement durable, écoconception, économie industrielle et territoriale et économie de la fonctionnalité), que de la consommation (consommation responsable et allongement de la durée d’usage) et de la gestion des déchets (recyclage et valorisation).

 

2.1 – Approvisionnement durable

Il s’agit d’un mode d’exploitation des ressources que l’on qualifie d’efficace. On entend par là un mode d’extraction des ressources (renouvelables ou non) qui va limiter au maximum son impact sur l’environnement : technique d’extraction douce, limitation des rebus d’exploitation, limitation de la surexploitation des ressources renouvelables pour assurer leur continuité, etc.

 

2.2 – Ecoconception

Il s’agit d’un mode de production dans le but de réduire l’impact environnemental d’un produit, aussi bien dans sa fabrication que dans son utilisation en :

 

  • limitant la quantité de matières utilisées pour concevoir le produit ;
  • luttant contre l’obsolescence programmée en allongeant la durée de vie du produit (matériaux de meilleure qualité par exemple) ;
  • facilitant la réparation du produit ;
  • réduisant la consommation d’énergie du produit en utilisation ;
  • utilisant des matériaux facilement recyclables ;
  • etc.

2.3 – Economie industrielle et territoriale

Elle correspond à un mode d’organisation entre entreprises par des échanges où les déchets d’une entreprise deviennent les consommations intermédiaires d’une autre.

 

Par exemple, l’entreprise A produit du parquet. Sa production engendre nécessairement des déchets sous forme de sciure de bois. Cette sciure peut être échangée ou vendue à l’entreprise B qui pourra s’en servir par exemple pour créer des panneaux en bois aggloméré (panneaux fabriqués sous pression et chaleur à partir de particules de bois et de liant).

 

Ainsi les déchets de l’entreprise A ne sont plus jetés, mais sont utilisés comme ressources par l’entreprise B.

 

2.4 – Economie de la fonctionnalité

C’est un principe d’économie qui privilégie l’usage à la possession pour des biens durables ou semi-durables. Le professionnel reste propriétaire du bien, et le consommateur est en quelque sorte un locataire.

 

C’est le cas par exemple des box internet : le consommateur paie tous les mois pour avoir accès aux services d’accès à internet via la box, mais l’opérateur reste propriétaire de la box.

 

Les professionnels de l’économie de la fonctionnalité tendent à vendre des services liés au produit vendu (dans notre exemple, l’accès à internet) plutôt que le produit lui-même (la box). Ainsi, les professionnels ont donc tout intérêt à proposer un produit résistant, facilement réparable, etc.

 

2.5 – Consommation responsable

La consommation responsable correspond à une décision d’achat qui prend en compte les impacts environnementaux du produit de sa fabrication à sa fin de vie.

 

Ainsi, un "consommateur responsable" est un consommateur dont les actes d’achats sont tournés vers des produits durables (en opposition aux produits à usage unique), écoconçus, peu énergivores, dont la production est respectueuse de l’environnement, etc.

 

2.6 – Allongement de la durée d’usage

Ce principe repose sur le fait d’allonger la durée d’utilisation d’un produit. Pour se faire, différentes actions sont possibles :

 

  • entretenir correctement le produit pendant son utilisation pour éviter une usure précoce,
  • avoir recourt à la réparation quand le produit est endommagé, plutôt que de le jeter,
  • vendre ou donner le produit quand on en a plus l’utilité,
  • acheter des produits d’occasion plutôt que des produits neufs,
  • etc.

2.7 – Recyclage et valorisation des déchets

Le recyclage et la valorisation des déchets correspondent à l’ensemble des techniques pour réintroduire un déchet dans un circuit de production.

 

Ces techniques permettent de réduire la tension sur les matières premières en réutilisant des matériaux issus du recyclage plutôt que d’extraire de la matière première « neuve » ou encore de réduire la demande en énergie fossile (comme le pétrole par exemple) grâce à la valorisation énergétique des déchets (récupération de l’énergie produite lors du traitement des déchets sous forme de chaleur ou d’électricité par exemple).

 

3 – Les préconisations du Comité économique et social européen

Le Comité économique et social européen (CESE) a émis un avis et des préconisations sur "Les consommateurs dans l’économie circulaire", le 18 octobre 2018.

 

Il rappelle que le levier le plus efficace de changement sont les actes d’achat des consommateurs et qu’il faut renforcer leur rôle pour dépasser le modèle de production et de consommation actuel pour atteindre la circularisation de l’économie et la réduction de la surconsommation.

 

Afin d’orienter les actes d’achat des consommateurs vers une consommation responsable, voici les préconisations du CESE :

 

  • renforcer l’éducation, les informations, la formation et l’auto-apprentissage des consommateurs sur leur choix de consommation dans le sens d’un comportement circulaire. Le CESE pointe le rôle clé des pouvoirs publics (notamment locaux) et des organisations afin de mettre en œuvre ces actions,
  • créer des indicateurs d’impacts environnementaux et sociaux fiables, comparables et vérifiables pour aider les consommateurs dans leur décision d’achat,
  • renforcer le cadre institutionnel sur la publicité et les pratiques commerciales afin de réduire les pratiques de "blanchiment écologique et social" (greenwashing),
  • mettre en place une fiscalité circulaire positive qui récompenserait les comportements vertueux,
  • mettre en place un étiquetage d’excellence environnementale sur la base du volontariat dans un premier temps, puis obligatoire. Il faudra qu’il soit réalisé par des organismes indépendants et certifiés (préconisation qui rejoint celle du CESE en France dans son avis sur "L’affichage environnemental, levier pour la mise en œuvre de l’économie circulaire", du 26 mars 2019).

 

 

Sophie REMOND

Economiste à l’Institut National de la Consommation

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